ICAR, trois années de rencontre avec l'Art (mars 2008)
Si vous deviez définir ICAR en une phrase ?
Je dirais que c'est l'engagement commun d'enseignants, de parents, de partenaires culturels et d'institutions au service d'une conviction qui serait la nécessité de l'Art dans la construction de l'enfant. Pour cela, ICAR multiplie les initiatives.
Quelles initiatives ?
- La rencontre avec la création contemporaine. Nous favorisons la rencontre avec l'œuvre. Avec l'aide du FRAC (Fond Régional d'Art Contemporain), les expositions se succèdent.
Les résidences d'artistes, la semaine des Arts permettent la rencontre avec des artistes
- Les projets pluridisciplinaires pendant les élèves sont mis dans une démarche de création. Imagine en fait partie.
- Les actions de formation et de sensibilisation. Icar a rassemblé 80 enseignants pour le stage « Art et culture en milieu scolaire ». Un stage d'été « Artivales » a suivi... La table ronde qui vien d'avoir lieu fait partie de ces initiatives de formation.
Avec trois ans d'existence, mesurez-vous les impacts de ces rencontres ?
Nous sommes en mesure de faire quelques constats, d'émettre quelques hypothèses.
Chez les élèves et les enseignants, les expériences ont permis de développer une attitude de rencontre. « C'est beau. », « C'est moche »... C'est ce que nous entendions dans les premières rencontres. Les élèves comprennent très vite que ce n'est pas très intéressant et acceptent aussi rapidement d'adopter une attitude ouverte : « Je vais voir ou entendre quelque chose que je ne connais pas alors, j'accepte d'ouvrir mes yeux et mes oreilles, de regarder, d'entendre même si ce que je ne vois pas ou entends ne m'est pas habituel.
Cette évolution, nous la constatons régulièrement, quelle que soit l'œuvre rencontrée, qu'elle soit parlée, chantée, dansée, peinte, écrite...
Une autre capacité que nous observons : adopter une démarche de réflexion par rapport à l'œuvre qu'ils rencontrent.
Lorsqu'on rencontre une œuvre, on se questionne, on réfléchit, on analyse, on va chercher quelque chose dans l'œuvre qu'on rencontre. On confronte avec ses camarades, on écoute les idées des autres, on est d'accord ou non, on construit la pensée qui devient la pensée d'un groupe à un moment donné.
S'ajoutent toutes les compétences que chacun tente de viser dans la pratique de classe : se concentrer, s'exprimer devant les autres, argumenter...
Ces rencontres avec des œuvres créent une cohérence des compétences visées... et donnent un sens évident aux compétences civiques visées.
Sans trop de risques, on peut émettre l'hypothèse que ces compétences de questionnement, de réflexion, d'analyse qui se développent dans ces initiatives sont utiles dans les disciplines dites fondamentales... Même les professeurs de mathématiques seraient d'accord avec moi.
Et les projets transdisciplinaires ? Ont-ils un impact similaire ?
Dans ces projets, plusieurs disciplines interfèrent et deviennent indispensables à l'objectif fixé. Que ce soit pour réaliser un film, un livre, une pièce de théâtre, je ne fais plus de l'orthographe pour faire de l'orthographe... elle est nécessaire pour me faire comprendre ou comprendre ce que je lis.
Les projets déjà été vécus permettent aux enseignants de dire que ces projets développent de façon certaine :
- la capacité à se dépasser et à dépasser Dans ce type de projet, l'enfant est soumis à des contraintes précises qui l‘obligent à dépasser son niveau habituel de réflexion, d'écriture, d'expression pour atteindre l'excellence, exigée par l'enseignant et le projet. En Arts plastiques, je ne peux plus dessiner des avions ou des châteaux forts si je suis un garçon... une maison si je suis une fille... on me demande autre chose. L'enfant apprend à franchir des obstacles
- la capacité à construire sa propre réponse On découvre qu'il n'y a pas qu'une seule réponse à un problème donné. Trop souvent, l'élève est habitué à chercher la réponse, la seule, la bonne... celle qu'il sait déjà connue de l'enseignant.L'implication dans un projet artistique apprend qu'il n'existe pas ici une bonne ou une mauvaise réponse mais une multitude de réponses possibles à construire.L'élève prend conscience de sa capacité d'expression. Elle entraine probablement une meilleure estime de soi... il découvre quelque chose de lui-même.
- la capacité à s'exprimer de façon autonome S'investir personnellement, persévérer, franchir des obstacles pour aboutir à sa propre solution, sa propre expression est moins facile, il me semble, que d'avoir recours à la rationalité.
- la capacité à placer son travail dans le travail d'un groupe Soumettre sa production aux autres, la mettre en relation avec celle des autres pour pouvoir l'inscrire dans l'œuvre collective demande de construire une meilleure estime de soi et des autres.On accepte mieux la sensibilité des autres, la personnalité de l'autre, on s'enrichit au contact des autres... les enfants le vivent, le comprennent.On apprend mais pas forcément dans le consensus : les désaccords peuvent s'exprimer, s'expriment et en plus, ils servent à apprendre.L'enseignants est vu différemment : il n'est plus celui qui est détenteur de la bonne réponse. Il se centre sur la démarche... ce n'est pas le résultat qui compte... et encore moins la note.
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