« Jardins »
Le hall du Conseil Général de Meurthe-et-Moselle n'a pas désempli du 13 au 16 mai 2009. Entre les jardins circulent des parents guidés par leurs enfants, des classes appréciant les œuvres avec sérieux. Le pas des habitués de la maison ralentit après quelques enjambées, le regard attiré par les couleurs variées et les formes surprenantes. On croit y passer dix minutes ; les propos des enfants, les conversations avec les enseignants vous retiennent là un peu plus longtemps. Tant pis pour l'horodateur...

Le spectacle surprend. On s'attend à admirer avec bienveillance des pots de yaourt collés avec soin sur du papier crépon rose, des dessins au feutre sur canson. Cette exposition est tout autre chose : un arbre blanc penché sur une ville moderne toute en noire, trois plateaux superposés entourés d'une ronde de silhouettes humaines, des tiges de bambou peintes surplombées de branches de métal, un escalier dressé vers le ciel...
Les élèves, fiers de leur production, vous scrutent du regard et ne vous lâchent pas dès qu'ils ont compris votre intérêt et votre surprise. Et ils vous racontent leur réflexion à partir du thème du jardin, les émotions qui les ont traversés, le passage à la construction, leurs travaux d'écriture, les techniques utilisées et leur joie d'être là.

C'est la première fois que Sophie MOREAU, Directrice à Saint-Sauveur, entre dans une démarche de création artistique. Si elle se sentait rassurée, confortée dans la démarche expérimentale qui préparait le congrès des jeunes chercheurs l'an dernier, elle dit le vertige que la réalisation de cette œuvre peut donner. « Figurez-vous que je me suis réveillée en pleine nuit... toute la production était en morceaux, tout était à refaire ! Cette démarche a demandé du temps... mais nous n'en avons pas perdu pour autant. Même si je voyais mes élèves de CP progresser au fil de la réalisation, ils ont réussi tout de même à m'étonner quand ils ont présenté leur production à la classe de grande section. Leurs prises de parole étaient riches en vocabulaire. Le récit qu'ils faisaient de ce parcours montrait qu'ils avaient compris et intégré ce qui venait de se passer. »
Pour les cinq enseignantes de Notre-Dame/Saint-Sigisbert, c'est l'approche artistique qu'elles retiennent.... L'artiste Thierry DEVAUX a incarné cette découverte. « Ce sont deux mondes qui se rencontrent : l'école avec ses habitudes, ses enthousiasmes mais aussi ses freins... et l'artiste avec ses exigences, sa liberté. Thierry nous poussait toujours plus en avant... Son regard au cours de notre avancée nous faisait même un peu peur. Qu'allait-il nous dire ? Vers quoi allait-il nous conduire ? Une peur infondée car ses conseils mettaient sur la voie. Thierry nous éloignait toujours un peu plus de « nos coutumes scolaires» pour entrer dans les questionnements, les techniques, les doutes, les coups d'essai des artistes. Avec les enfants, nous avons vécu une aventure faite d'avancées, de moments d'arrêt, de recul. »

Angoissés ? Oui soulignent les enseignants présents... Des échéances à respecter sans pour autant négliger le rythme de création et de réalisation des élèves. Certains avouent la difficulté de se lancer... on reporte au lendemain puis au surlendemain et le temps passe. Puis, quand on sort les sacs de plâtre, les pots de peinture et le fil de fer, les choses prennent forme petit à petit, avec l'aide des parents, le soutien de Thierry DEVAUX.
« Cette angoisse ? Elle fait partie de la démarche de création, souligne Thierry DEVAUX. Elle m'habite à chaque fois que je me lance. Les enseignants ont joué le jeu... et ils ont réussi leur pari. C'est une démarche peu courante dans les classes. Tenir un propos sur le thème du jardin... ce n'est pas raconter, décrire, c'est éprouver. Entrer dans une démarche de création artistique, c'est se mettre en démarche pour exprimer une émotion avec la matière. Ils ont permis aux élèves d'oser le grand volume, les trois dimensions, les outils et les matériaux qu'on ne travaille pas habituellement dans le monde scolaire.

Cette démarche est encore relativement exceptionnelle. On peut le regretter... ou se réjouir de la voir se vivre dans 22 classes. »
Grâce à la large communication faite par les organisateurs, les collègues, les parents ont suivi les réalisations avant l'exposition. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas de rendre compte de ce qui se préparait. Il n'est pas habituel d'entendre les perceuses retentir dans les écoles et encore moins de voir les élèves remplacer le cartable par la caisse à outils. Par leur bruit et leur enthousiasme, les élèves ont attiré l'attention. C'est sans doute ce qui explique le grand nombre de parents et d'enseignants présents durant ces journées.

« Jardins » est une initiative de l'association ICAR chargée par l'IFP de LORRAINE de former les enseignants dans le domaine des Arts visuels. Sa présidente, Véronique BASILE, souligne la pertinence des propositions de formation de l'Enseignement catholique de Lorraine : « Les Arts pourraient être le parent pauvre dans les axes de formation, ce n'est pas le cas... En permettant aux élèves d'entrer dans les arts et la culture, nous leur permettons de trouver de l'intérêt dans l'école... les apprentissages dits fondamentaux deviennent des outils indispensables pour comprendre, penser, élaborer, construire. »
Madame LAURENDEAU, présidente des Associations de parents d'élèves des écoles de Meurthe-et-Moselle, était là, heureuse de voir encore un projet collectif voir le jour. « C'est au travers de telles manifestations que l'Enseignement catholique a une véritable lisibilité. Si les personnels vivent souvent des événements qui concernent plusieurs écoles, ce n'est pas le cas pour les parents ou le grand public qui voient d'abord une juxtaposition d'écoles privées. Dans une telle démarche et au travers une telle exposition, nous donnons à lire notre projet commun, notre vue de l'enfant, nos priorités pédagogiques et éducatives. »

C'est ce que soulignait Mathieu KLEIN, vice-président du Conseil Général, chargé du pôle éducation, ravi d'accueillir ces productions originales, aboutissements de vingt aventures vécues dans les classes. « On résume trop souvent l'école à un lieu de transmission des savoirs... Elle l'est... mais elle est aussi un lieu d'apprentissage de la vie de citoyen, d'entrée dans la culture, dans une découverte de l'Art. Le Conseil Général se veut une maison ouverte pour que de telles initiatives voient le jour, soient communiquées au plus grand nombre et entrent dans les habitudes. »

Carole DUARTE a vécu le projet avec ses élèves de grande section. C'est l'aspect fédérateur qu'elle souligne. « C'est enthousiasmant, encourageant, moteur d'être en lien avec d'autres classes, d'autres écoles dans une même perspective. Les enseignants peuvent ainsi partager leur expérience, leurs doutes, leurs interrogations. On se sent tiré vers le haut... on se dépasse... et on se retrouve dans des situations qu'on aurait pas osé affronter seul pour arriver à un résultat inespéré il y a trois mois ! » Carole souligne aussi l'aspect fédérateur du projet sur la classe. Les élèves ont pris à cœur cette réalisation. Elle a occupé massivement le milieu de la salle de classe pendant plusieurs semaines... « Elle était l'intérêt et la préoccupation de chaque jour.»

Dans quelques jours sortira des presses le livre souvenir. Les élèves y retrouveront des photographies de leur production et de celle des autres classes. On y lira aussi des textes poétiques produits par les élèves inscrits dans cette démarche de création. Nous rencontrerons Marc DECAUX consacrerons un article à l'occasion de la sortie du livre.

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