Veillée oecuménique à NANCY
Frères et sœurs, le thème de cette édition 2011 de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens nous est proposé par les communautés de Jérusalem.

Cette solidarité, pour être vraiment chrétienne, ne peut pas être repliée sur les seuls fidèles du Christ. Nous devons construire et vivre une communion ouverte à tous car Jésus est venu pour rassembler les enfants de Dieu dispersés. Tous les hommes ont vocation à s'asseoir à la table du festin messianique, réalisant ainsi l'unité de la famille humaine conformément au dessein créateur de Dieu. C'est pourquoi notre prière et notre engagement en faveur de nos frères et sœurs les chrétiens d'Orient est aussi une prière et un engagement pour l'union dans la justice et dans la paix de tous les habitants de cette région du monde quelles que soient leurs croyances et leurs philosophies. N'oublions pas que beaucoup d'entre eux sont aussi les victimes de ceux qui s'acharnent à alimenter partout la haine.
Or, nous ne pouvons être sel et levain de fraternité dans le monde puisque telle est notre vocation que si nous progressons nous-mêmes dans une vie fraternelle au sein de nos communautés respectives et entre tous les disciples du Christ. Le passage des Actes des Apôtres proposé à notre méditation par nos frères et sœurs de Jérusalem nous donne les principaux ingrédients de la fraternité et de la communion en Christ. C'est le premier des trois passages du livre des Actes évoquant la vie de la communauté primitive de Jérusalem. Nous appelons ces passages des sommaires car nous y découvrons les éléments fondateurs et constitutifs de toute communauté chrétienne.
Le premier de ces sommaires, celui que nous avons entendu, met l'accent sur le rayonnement de la communauté. Dans cette perspective, on peut dire que la phrase la plus importante est la dernière : « Le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut ». Remarquez ceci : c'est le Seigneur qui adjoint à la communauté. Et à nous, que nous est-il demandé ? Il nous est demandé de vivre dans la communion fraternelle. Car c'est par elle que le Seigneur fait grandir la communauté. En témoigne la prière testamentaire de Jésus dans l'évangile de Jean : « Qu'ils soient un pour que le monde croie que tu m'as envoyé ». Quels sont donc les ingrédients de cette communion fraternelle rayonnante ?
C'est d'abord l'écoute assidue de l'enseignement des Apôtres. Dans les temps qui ont suivi la mort et la résurrection de Jésus, cet enseignement des Apôtres n'existait pas sous forme écrite. Il n'y avait ni les évangiles ni les lettres apostoliques tels que nous les connaissons aujourd'hui. Les premiers écrits n'apparaîtront qu'environ 20 ans plus tard. Il y eut donc un temps où la transmission de la foi reposait sur le témoignage oral des Apôtres ou de leurs proches disciples. On se rassemblait autour d'eux pour connaître Jésus et son message. Ainsi, la première des attitudes n'était pas la lecture mais l'écoute, l'écoute vraie, l'écoute profonde qui laisse descendre la Parole jusqu'au cœur et jusqu'aux reins, qui appelle à la conversion et à marcher derrière Jésus. Cette écoute faisait alors entrer dans une communauté de frères et de sœurs. C'est ainsi que la communauté se constituait, s'agrandissait et se fortifiait. Frères et sœurs, entendons là un appel à mettre ou à remettre l'enseignement des Apôtres au cœur de notre vie chrétienne personnelle et communautaire. Il nous est arrivé à nous catholiques de ne pas lui accorder toute la place qu'elle doit avoir. Depuis plusieurs décennies, nous redécouvrons cette place, et plus nettement encore ces dernières années avec la constitution de nombreux groupes de lecture des écrits du Nouveau Testament. Nous rejoignons ainsi nos frères et sœurs d'autres confessions chrétiennes pour qui la Parole de Dieu a toujours tenu la première place. Puissions-nous nous mettre ensemble à son écoute pour nous laisser convertir ensemble par elle. Et puisque l'événement est récent, réjouissons-nous de la publication de la nouvelle édition de la Traduction œcuménique de la Bible dans laquelle orthodoxes, protestants et catholiques ont été pleinement engagés. Lorsqu'on sait l'influence des débats autour de l'Ecriture sur les divisions, surtout en Occident, on comprend ce que représentent ces traductions communes sur le chemin de l'unité.
Après l'écoute de la Parole de Dieu, le sommaire des Actes des Apôtres signale l'assiduité dans la communion fraternelle. « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ». La consigne est claire. Il ne nous est rien demandé d'extraordinaire. Simplement de nous aimer les uns les autres.... D'un amour qui nous porte aux côtés du frère ou de la sœur qui souffre, quelle que soit la nature de sa souffrance. Cet amour solidaire envers les membres souffrants de la communauté et de l'humanité est facteur de communion parce qu'il nous fait sortir de nous-mêmes et nous fait nous rencontrer dans le service de l'autre. Et aussi parce que dans ce service nous communions au même Seigneur qui s'est identifié aux souffrants de l'humanité.
Je sais l'importance de la diaconie et des services d'entraide dans nos confessions respectives. S'agissant des catholiques, je regrette parfois que les communautés se déchargent de ce service de la charité sur des organismes et des associations spécialisées. Certes, il y a des situations qui demandent des interventions importantes et beaucoup de compétences. Pour autant, une communauté chrétienne ne doit pas sous-traiter ce qui est une des dimensions constitutives de son identité et de sa communion. C'est pour rappeler cela que la conférence des évêques catholiques de France a engagé une vaste démarche de trois années dénommée Diaconia 2013. Les frères et sœurs des autres confessions chrétiennes mettent en oeuvre des démarches de différentes natures pour maintenir vive cette dimension de l'entraide et de la diaconie au sein de leurs communautés. Et puisque c'est un des ingrédients de la communion ecclésiale, ne serait-il pas envisageable de mener ensemble des actions communes de solidarité ? Sans doute que cela se fait ici ou là. En tout cas, ce serait un élément positif dans notre marche commune vers l'unité demandée par Jésus. Je pense par exemple à la lutte contre la solitude qui a été déclarée grande cause nationale. Nos diverses confessions chrétiennes mais aussi d'autres religions en sont partie prenante.
Le troisième ingrédient de la communion entre les disciples du Christ est l'assiduité à la fraction du pain. Cette expression fait référence au dernier repas de Jésus par lequel il annonce le sens de sa passion et de sa mort sur la croix : « Ceci est mon corps donné pour vous... Ceci est la coupe de la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous ». On sait aussi l'importance de la fraction du pain dans le cheminement qui a conduit les disciples d'Emmaüs de la dispersion attristée et désespérée qui a suivi la mort de leur maître à une communion joyeuse avec les frères retrouvés de Jérusalem dans la reconnaissance du Christ ressuscité. La fraction du pain, signe et facteur d'alliance et de communion... Pourtant, il nous faut le reconnaître à nouveau ce soir, elle est encore une pierre d'achoppement sur le chemin de notre unité. Tous, nous lui accordons une place importante, mais nous ne lui donnons pas tous la même signification. Prions le Seigneur afin qu'il soutienne nos dialogues et les rendent féconds dans l'espérance de nous asseoir un jour à la même table.
Le quatrième ferment de notre communion, c'est l'assiduité à la prière. En particulier à la prière communautaire. La prière par excellence, qu'elle soit de louange ou d'intercession, est la prière de l'Eglise. Elle est le moyen et le lieu privilégié du dialogue entre le peuple de Dieu et son Seigneur. Même lorsque nous prions seul après avoir fermé la porte de notre chambre, c'est toujours en communion avec nos frères et sœurs. Car, par l'unique baptême, nous sommes déjà un dans le Christ et appelés à l'être davantage encore. Ce n'est pas un hasard si la seule prière que le Christ nous ait apprise nous invite à nous tourner vers Dieu en lui disant « Notre Père... » et non pas « Mon Père ». Comme c'est le cas ce soir, la prière nous tourne ensemble vers le Père commun. Nous nous adressons à lui par Jésus, l'unique Médiateur en laissant l'Esprit susciter en nous la vraie prière, celle qui nous fait nous rejoindre dans le cœur de Dieu. Oui, la prière chrétienne authentique est ferment de communion.
Pour ces quatre éléments constitutifs de la communion ecclésiale, l'auteur du livre des Actes souligne l'importance de l'assiduité. Cette assiduité appelle un effort constant mais pas forcément la perfection. D'autres passages des Actes nous disent qu'il y a eu des failles dans les premières communautés chrétiennes. L'assiduité est un idéal. Et elle est un combat. L'assiduité à l'enseignement des Apôtres, à la charité fraternelle, à la fraction du pain et aux prières sont autant de critères de vérification et de progression pour chacune de nos Eglises et de nos communautés. En les mettant en œuvre, nous avancerons vers l'unité dans la foi. Nous serons alors de plus puissants ferments de fraternité entre les hommes et nous servirons au mieux le dessein de Dieu qui est de rassembler toute l'humanité en une seule et même famille.
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